
Quelques semaines avant les élections municipales, qui en France se déroulent généralement tous les six ans, les sortants se représentant mettent en avant leur bilan. Loin d’être une évaluation exhaustive, leurs actions sont toujours, et en tout point, exposées comme majeures et positives. De plus, ils insistent sur les relations privilégiées qu’ils ont eues avec les habitants, et toutes les concertations publiques qu’ils ont pu mettre en place. Ainsi, en multipliant les consultations, les réunions d’échanges, les débats, voire les enquêtes publiques, ils prouvent leur dynamisme et le grand intérêt qu’ils portent aux besoins de la population locale. D’ailleurs, plus les communes organisent ces rencontres, qualifiées de « démocratie participative », plus les habitants reprennent confiance dans les élus. Mais qu’en est-il réellement ?
Lorsqu’on regarde du côté des listes d’opposants, on constate immédiatement que les appréciations ne sont pas tout à fait les mêmes. Bien au contraire. Les exemples seraient nombreux mais prenons simplement deux remarques publiées dans deux communes. Dans l’une d’elles, il était précisé : « Non aux mensonges […]. Récupérons le réflexe de la concertation […]. Oui, pour écouter les points de vue différents et aboutir à des solutions concertées. » Dans l’autre, on pouvait lire : « Bien trop souvent les décisions sont prises sans concertation, et laissent les habitants à distance des choix. Rétablissons un lien de confiance entre citoyens et élus. » On pourrait admettre que ces avis ne font partie que d’une rhétorique d’opposition, une logique de communication, faites pour affaiblir et surtout dénoncer l’autoritarisme des équipes en place. Cependant, d’après les données statistiques, on remarque que deux tiers des Français n’ont pas connaissance des démarches de démocratie participative dans leur commune. De plus, lors de consultations, les décideurs ne tiendraient pas compte des opinions et des attentes des habitants. Enfin, 83 % des interrogés souhaiteraient qu’il y ait plus de concertation.
Au regard des points précédents, il est évident que la distorsion entre les avis des élus et les ressentis des habitants devient patente. Même une concertation, qui signifie a priori la mise en place de quelque chose en commun, peut être perçue comme la préparation d’un mauvais coup. Cela montre que la démocratie représentative, qui a longtemps été perçue comme la panacée universelle, devient en grande partie bancale, voire inappropriée. On en arrive à la fin d’un processus qui faisait que chacun donnait sa voix et légitimait le principe de délégation (ou de soumission). Si « les choses dont on discute ne touchent les électeurs que de loin », comme le relevait Noam Chomsky, on peut comprendre le désintérêt croissant pour ce type d’élection (en mettant à part la distinction entre grandes villes et milieu rural). En effet, le taux de participation au premier tour des élections municipales, qui était de 56,25 % en 2008, de 54,72 % en 2014, est passé à 44,66 % en 2020. Cela voudrait peut-être dire qu’un individu doué de raison n’accepterait plus de sacrifier une part importante de sa liberté et de sa responsabilité à un représentant élu. Ainsi, nous sortirions de ce qu’Étienne de La Boétie nommait la servitude volontaire, afin d’entrer dans une ère de volonté de participation effective, très éloignée de l’omnipotence des pouvoirs locaux actuels.
Le souci est que cette soi-disant démocratie participative ne s’invente pas. Cela doit sous-tendre un véritable travail de groupe qui de nos jours est partiellement inexistant tant dans le champ éducatif et associatif que dans celui de l’entreprise ou de la politique. En fait, on peut penser que ceux qui aspirent à être élus n’ont aucun intérêt à faire participer les autres puisque leur seul but serait de conserver le pouvoir.